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Second Life : Quand des créateurs de vêtements trompent leurs clients… Suggérer par mail
Écrit par LeoMaxx Sautereau   
19-07-2010

La frénésie des soldes d'été titille vos tendances compulsives d'achats vestimentaires et vous rêvez déjà de dégotter l'ensemble du moment à un prix défiant toute concurrence. Les créateurs de vêtements sur Second Life sont légions et la plupart d'entre eux présentent des compositions de plus en plus léchées et diversifiées. Mais derrière ces élans de génie se cachent parfois des raccourcis que la communauté styliste de SL se garde bien de dévoiler, au risque de désacraliser leur soi-disant talent. Rétablissons quelques vérités.

La création d'un vêtement

Pour ceux qui n'auraient encore jamais saisi le ciseau et la machine à coudre sur Second Life, la création d'un vêtement est en réalité un travail d'infographie. Il consiste à texturer les "meshs" de votre avatar en surimpression via une carte de texture (ou Texture Map dans la langue de Shakespeare) que l'on ouvre avec son logiciel de retouche d'image et grâce auquel on y travaille la texture. Les Textures Map les plus courantes sont celles de Chip Midnight (http://secondlife.com/community/templates.php), ou mieux encore celles de Robin Wood (http://www.robinwood.com/Catalog/Technical/SL-Tuts/SLPages/AVUVTemplates.html), plus précises.

De nombreux créateurs ajoutent des prims ou sculpties à leurs vêtements, sous forme d’attachements, afin d'enrichir les possibilités créatives de leurs œuvres ou pour contourner les lacunes techniques imposées par le viewer (par exemple le rendu catastrophique des jupes de base).

En théorie, la création d'un vêtement demande patience, maitrise de logiciels d'infographie évolués (tels que Photoshop, The Gimp ou éventuellement Paint Shop Pro) mais aussi un sens artistique... ou pas! En effet, l'imagination n'est pas un acquis universel et des créateurs peu scrupuleux n'ont aucune vergogne à copier-coller ce qui existe déjà, du copybot légal en somme. Nous y reviendrons.

Des tromperies conçues pour gagner du temps (et de l'argent!)

Les vitrines des plus grands créateurs de vêtements jouent pour beaucoup sur la crédulité de leurs clients. Ces derniers sont persuadés de se frotter au génie artistique de véritables talents qui auraient ratés une carrière de styliste. Une partie d'entre eux peuvent effectivement prétendre à un don pour la création. Leurs vêtements sont soignés et se frottent sans complexes à des travaux de niveau professionnel. Mais il est difficile de distinguer l'imposteur du génie.

Il est en effet regrettable que de nombreux créateurs, pour la plupart connus, usent de raccourcis pour accélérer la production de vêtements dans un marché ultra concurrentiel. La nouveauté y est une stratégie inévitable pour se distinguer d'une offre ultra-exhaustive.

Ces raccourcis sont les suivants :

* L'édition de modèles déjà existants

Ne vous y trompez pas! La finesse du tracé et la qualité des contours de votre robe achetée chez un grand couturier est probablement un subterfuge. Ceux qui vivent de leurs activités sur SL n'ont pas le temps de passer 6 à 20 h sur un vêtement. Pour accélérer le mouvement, on achète des Templates (ou modèles) ici ou . Ce sont des calques Photoshop ou Gimp comprenant les éléments les plus complexes de plusieurs types de vêtements (vestes, corsage, robes...etc) que l'on peut ensuite éditer et texturer! Facile. Le client n'y verra souvent que du feu.

* L'importation de plis, ombres, et coutures pré-travaillées

La véritable marque de qualité d'un vêtement, c'est sa finition. Pour donner un rendu encore plus naturel au vêtement, on y insère des plis, des déformations et des variations de luminosité. Pour tout amateur d'infographie, ce labeur n'est pas un fantasme. Il est à portée de main de la plupart des créateurs, d'autant qu'il existe de nombreux tutoriaux sur internet. Mais ces étapes de la création du vêtement sont aussi les plus consommatrices d'un temps précieux qui vaut son pesant d'or.

Du coup, l'essentiel de nos stylistes en herbe ont recours à des modèles de plis et d'ombrages achetés ou échangés qu'ils n'ont qu'à coller sur leur création. Efficace!

* Le "copie-collage" de vêtements photographiés en RL et adaptés ensuite sur SL

"Plus c'est gros plus ça passe!" tel est l'adage qui correspondrait le mieux à l'une des plus grandes bidouille observées. Il est presque coutume d'apercevoir dans les magasins de "grande marque" des vêtements d'un réalisme saisissant... et pour cause!

Une observation minutieuse de la texture permet de distinguer le bruit numérique d'un compact bon marché qui a servi à photographier un véritable vêtement. Le boulot se résume ici à du découpage et à du collage, de manière à adapter le vêtement aux modèles de Second Life. Quelques coups de pinceaux ici et là permettent de voiler l'aspect "photographie" de la texture.

Cette méthode très courante s'apparente évidemment à de la contrefaçon, même si celle ci est bien entendu quasi-impossible à prouver. Pénalement les créateurs ne risquent pas grand chose, artistiquement c'est tout de même très discutable...

La pression de la concurrence

La démocratisation des outils et des savoirs en matière de créations vestimentaires a fait que le nombre d'offreurs a littéralement explosé, tandis que le nombre de demandeurs s'est stabilisé. Il en résulte aujourd'hui un marché complètement saturé où même les bonnes idées ne suffisent plus pour se distinguer de la masse.

Si la mode masculine est encore sous-représentée, les magasins de vêtements féminins sont excessivement nombreux et l'utilisateur n'a aucun repère si ce n'est quelques grandes marques connues. Les marques dite "secondaires" sont alors complètement diluées et il est rare que ses créateurs puissent gagner suffisamment pour rembourser le loyer de leur terrain.

En outre, le marché du vêtement sur SL est l'un des rares qui puissent générer suffisamment de revenus pour faire vivre en rl quelques créateurs. Quand c'est son pain qui est en jeu, alors l’honnêteté devient un luxe. Face à la pression financière et commerciale, des créateurs prévoient un budget "templates" qui va de 200 L$ pour un modèle unique à 10 000 L$ pour les packages les plus onéreux. Acheter pour mieux vendre en somme.

Une douce arnaque, souvent défendue par les créateurs et bien accueillie par les acheteurs

Il est de bon aloi que les créateurs aient recours à des outils pour améliorer leurs œuvres. Mais quand ces outils leur mâchent au moins la moitié du travail, aspect artistique inclus, et que le résultat est joliment nommé "création originale de...", cela peut laisser pantois.

Ces méthodes qui flirtent avec une douce escroquerie mais ne semblent pas culpabiliser ses créateurs.

"Les créateurs de vêtement sur SL ont régulièrement recours à ce type de modèles, car cela leur permet de gagner du temps et de garantir une certaine qualité de leurs créations" me confiait une créatrice de renom.

"Les modèles sont parfaits pour débuter et arriver plus vite à des créations de qualités. Après on commence à faire ses propres plis (ou ombres), mais je ne pense pas que tout le monde le fasse" me répondait une autre styliste.

"Je conçois intégralement mes vêtements, de la texture jusqu'aux petits détails. J'aime me dire que je suis la véritable créatrice du mon vêtement, c'est de la que je retire le plaisir. Vendre c'est presque accessoire" dit à son tour une créatrice moins connue.

Et qu'en pensent les acheteurs ? Curieusement ces pratiques ne les choquent pas... au contraire! Voici quelques témoignages:

"Franchement, je pense que les clientes s'en foutent. Ce qui leur importe c'est d'avoir un vêtement qui leur plaise. On voit une robe qui nous plait on l'achète, et on se moque de savoir si les plis ou je ne sais quoi sont du créateur ou non" me dit une connaissance sur Second Life.

"Je n'y ai jamais réfléchi (ndrl : que des détails du vêtement sont pompés ailleurs). Vu comme ça je ne vois pas où est le problème. Nous ne sommes pas tous compétents. Personnellement, ça ne me choque pas non." me dit une cliente à l'orée d'un magasin.

"Parfois on se demande comment ils (ndrl : les créateurs) font pour faire des trucs aussi réalistes. Maintenant je serai peut-être moins impressionnée mais ça ne m'empêchera pas de continuer à acheter mes fringues" me confesse quelqu'un qui vient d'arriver.

Au regard des témoignages que j’ai reçu, les « facilités » employées couramment par les créateurs de vêtements ne semblent pas incompatibles avec leur intégrité, ni même déranger leurs clients. Finalement, l’arnaque n’est pas d’utiliser le travail des autres pour améliorer le sien mais de se l’approprier et de vendre des créations comme originales alors qu’elles ne le sont que partiellement.

Le débat reste ouvert.

LeoMaxx Sautereau, pour le blog de France3D

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