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Second Life, le metaverse qui convoitait la jeunesse (l'enfance) éternelle Suggérer par mail
Écrit par LeoMaxx Sautereau   
29-07-2010

Second Life est un monde figé. Selon Charles Darwin, toute forme est amenée à progresser ou à régresser, mais dans tous les cas à évoluer. Second Life a semble-t-il échappé à la théorie inébranlable de l'évolution et par conséquent a posé un sérieux doute sur la véracité des conclusions du scientifique anglais. Il se murmure d'ailleurs que le cas Second Life met la communauté scientifique en émoi, impuissante devant cet exceptionnel contre-exemple. Depuis l’ouverture publique en 2003, le monde virtuel est frappé par un immobilisme incompréhensible, à tel point qu'on se demande si les cadres de Linden Lab ne viennent pas d'un autre monde, leur propre monde qui sait. Celui où tout semble arrêté.

Des innovations quasi inexistantes depuis sept ans

Le monde virtuel a profité de son statut d'ovni pour se faire une place confortable dans l'arène des logiciels pour ordinateurs. Rarement un programme n'aura su marier autant d'étiquettes : jeu, outil et plateforme sociale. Un cocktail improbable qui aura suscité l'intérêt des médias et d'un public éclectique, plus adulte qu'à l'accoutumée.

Ce statut hydride est donc un sérieux avantage pour se distinguer et a fait de Second Life un programme innovant. Mais tout cela a un coût. Second Life souffre beaucoup de ses graphismes d'un autre âge et de son lag plus répulsif qu'une chansonnette de Cindy Sander.

Le concept spécifique de Second Life (où je le rappelle 95 % du contenu est crée par ses résidents, le tout stocké sur des serveurs distants) fait qu'il est techniquement laborieux de bénéficier de graphismes équivalents à ceux de jeux 3D récents. Mais tout cela n'est pas une excuse suffisante. Le moteur 3D de Second Life est indigne. Alors certes, l'introduction du moteur Windlight en Novembre 2007 avait permis de donner un coup de jeune à la plateforme, mais depuis, nada.

Aujourd'hui la mécanique graphique du monde virtuel est lacunaire, incapable de gérer correctement des opérations courantes comme les reflets (encore absents) ou les ombres dynamiques (soumises à des ralentissements handicapants). C'est aux développeurs de viewer alternatifs de trouver des parades pour introduire ces technologies aujourd'hui incontournables. Linden Lab semble hermétique à investir un seul dollar dans la rénovation de son moteur 3D. Alors certes, il annonce fièrement la prochaine adoption du moteur physique Havok 7 (http://www.youtube.com/watch?v=9KBqJs0YtOc) et qui permettra des simulations de physique étonnantes. Cependant, on s'interroge sur l'utilité réelle de cette technologie sur Second Life, surtout quand on sait que Havok 4 n'avait pas vraiment marqué le peuple lors de son introduction en 2007.

Au delà de l'aspect esthétique, il y a aussi l'aspect fonctionnel, lui aussi congelé depuis 2007. Les fonctionnalités implémentées dans Second Life sont distillées au compte goutte. La dernière grosse nouveauté majeure depuis deux ans a été la sortie de la version 2.0 du viewer officiel qui fut accompagnée de quelques outils remarquables. Parmi ceux-ci le "web-on-prim" (ou media prim) qui permet d'afficher sur une prim une page web, ainsi que des images et des vidéos avec des restrictions moins fortes que celles imposées par le viewer 1.0. Malgré ces avancées (tardives), cette mise à jour majeure du viewer ne fait pas l'unanimité, la faute à une refonte maladroite de l'interface qui a décontenancée la plupart des adeptes de la version antérieure. Une fois encore, Linden Lab ne souhaite pas corriger le tir et se désolidarise un peu plus de ses résidents qui se ruent sur les viewers alternatifs, plus dynamiques et plus conformes aux attentes de ses utilisateurs. Paradoxalement, la société californienne ne retire aucun enseignement de cette situation et semble même regretter d'avoir libéré les sources de son programme (http://www.massively.com/2010/03/22/second-life-third-party-viewer-policies-get-an-update-but-still/).

Tout économiste vous dira que le développement d'une structure passe par l'innovation, le lancement de nouveaux produits et la modernisation du capital. Linden Lab se repose sur ses acquis et sa situation de monopole. Erreur...

L'échec cuisant de la politique de Mark Kingdon

Douce ironie que le retour triomphal de Philip "Sonic le surfeur" Rosedale aux manettes de Linden Lab. Quand ce dernier annonça en Mars 2008 son retrait de la direction de l'entreprise, les résidents exprimèrent une grande expression de soulagement. En effet, les derniers mois du monsieur ne furent pas des plus efficaces. Il fut critiqué notamment sur son "gaming management" devenu inadapté pour une plateforme telle que Second Life. La fréquentation de Second Life amorçait un certain déclin, il était temps de lancer l'Acte II.

L'arrivée du gestionnaire Mark Kingdon prit donc la forme d'un nouveau souffle. L'homme présenta une batterie de mesures visant à reluire l'image du métaverse, notamment pour mettre un terme à cet aspect "jeu". La vision à moyen terme de Monsieur M fut de faire de Second Life une plateforme prête à accueillir des projets constructifs et réellement lucratifs comme des entreprises (http://blogs.lexpansion.com/antimatiere/2010/03/pourquoi-les-entreprises-ont-b.php). Mais en 2010, il faut bien admettre que le bilan est bien moribond. L'affluence de Second Life s'est tassée, les innovations ont été quasi-absentes, la "réforme" des sims (http://www.invworlds.fr/?p=434) a été à peine digérée par les sims owners et surtout les entreprises ont totalement déserté Second Life. Kingdon laissera donc un souvenir fumé au bois de sapin...

Le retour de Philip Rosedale fut inéluctable. C'est paradoxalement la plus mauvaise nouvelle qui puisse arriver à Linden Lab. Rosedale n'est pas Steve Jobs d'Apple, et sa réinstallation au siège de CEO n'est pas forcément promis à une franche réussite. Il faut toutefois lui accorder le bénéfice du doute. Au cours de ces deux dernières années, Sonic le surfeur a probablement appris de ses erreurs passées et parallèlement des échecs de Kingdon. Bien que retiré des fonctions de gestion, il est toujours resté au contact de l'exécutif et connait donc la structure parfaitement, y compris dans sa situation actuelle.

Mais il fait reconnaître que le retour d'un ancien patron est plutôt le signe d'un bond dans le passé subi et guère rassurant (en tout cas pour les consommateurs). Et ceux qui connaissent Second Life depuis quelques années déjà savent que ce n'est pas forcément nécessaire. A moins peut-être d'adopter la stratégie du "mieux reculer pour mieux sauter". L'avenir nous dira si ce retour sera justifié ou non.

Une affluence mécontente mais résistante

Rarement on aura vu des utilisateurs aussi mécontents de la politique de l'éditeur de leur logiciel. Et cela fait déjà plusieurs années que ça dure. Linden Lab est impopulaire, et plus encore, a brisé à jamais la confiance d'une bonne partie des résidents. L'éditeur arbore une étonnante distance avec ses "clients" en optant pour des décisions controversées et en donnant l'impression de ne jamais écouter les doléances de ses utilisateurs.

A cela s'ajoute l'aigreur des médias et la désinformation produite par des journalistes en disette de sujets tapageurs. Malgré tout ceci Second Life maintient une remarquable audience. Même après sept ans, la plateforme revendique entre 50 000 et 80 000 de connectés constants, ce n'est pas si mal et c'est à peine moins bien que les années précédentes. Il est rare qu'après tant d'années d'exercice, un métaverse puisse attirer encore les foules. Cette résistance s'explique en partie par la situation de monopole de Second Life qui capte la quasi-totalité des potentiels utilisateurs de mondes virtuels (le seul concurrent encore présent, c'est le consortium de grilles basées sur Opensimulator - http://opensimulator.org/wiki/Main_Page-). La concurrence extérieure s'est effondrée petit à petit, à commencer par Lively de Google, et plus récemment, There.com. Même Blue Mars (http://www.bluemarsonline.com/) et ses arguments technologiques n'ont pas suffit à opérer une percée. Le metaverse coréen est amené à subir un funeste sort tant son décollage devient tardif.

La question est dorénavant de savoir combien de temps encore Second Life conservera ses résidents. De bons signaux sont présents. Il semble que les utilisateurs restent de plus en plus longtemps sur la plateforme et aspirent à être plus productifs qu’autrefois. Il y a moins de monde, mais ceux qui restent ont souvent quelque chose à apporter, tant sur le plan de la créativité que des moyens.

Avec une situation monopolistique, Second Life est protégé (temporairement) des conséquences de son immobilisme en matière d'innovations, tant sur le fond que sur la forme. Mais pour combien de temps encore ? Pour les utilisateurs les plus expérimentés, SL est victime d'un très lent déclin à l'image des sociétés occidentales, dont la passivité et le défaitisme sont plus que palpables dans le monde virtuel.

LeoMaxx Sautereau, pour le blog de France 3D




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